
Rattraper ses prières manquées
Résumé rapide
- Rattraper une prière manquée est obligatoire selon la majorité des savants des quatre écoles, qu'elle ait été manquée avec ou sans excuse valable.
- Méthode : estimez le nombre de prières manquées du mieux que vous pouvez, puis commencez immédiatement à en rattraper une ou plusieurs à chaque prière du moment, en respectant l'ordre chronologique.
- Celui qui a délaissé la prière pendant des années doit d'abord se repentir sincèrement, puis rattraper progressivement sans interruption — le repentir seul ne suffit pas selon la majorité des savants.
- Il n'est pas permis de reporter le rattrapage au lendemain à la même heure — la prière manquée se rattrape dès qu'on s'en souvient, peu importe le moment.
Rattraper une prière manquée : que dit l'islam ?
Rattraper une prière manquée consiste à l'accomplir après l'expiration de son horaire normal, que l'oubli soit dû au sommeil, à l'oubli involontaire ou à la négligence ; c'est une obligation reconnue par la majorité des savants des quatre écoles juridiques.
Rattraper (qada) ou regrouper (jam') ? Ne confondez pas les deux
Rattraper une prière (qada) signifie l'accomplir en dehors de son horaire, après qu'elle a été manquée. Regrouper deux prières (jam') est différent : c'est accomplir deux prières l'une après l'autre, à l'intérieur de l'horaire de l'une d'elles, ce qui n'est permis qu'en cas de voyage, de pluie ou de maladie — pas simplement pour cause de travail chargé. Si vous cherchez à combiner Dhuhr et Asr à cause de votre emploi du temps professionnel sans être en voyage ni malade, c'est une question différente de celle traitée dans cet article.
Le fondement principal de cette obligation est la parole du Prophète ﷺ : « Celui qui a oublié une prière ou s'est endormi, sa seule expiation est de l'accomplir dès qu'il s'en souvient » — rapporté par Anas ibn Malik, chaîne authentique selon les critères de Bukhari et Muslim, rapporté par Al-Bukhari (597) et Muslim (684) avec une légère variation.
Ce qui rassure beaucoup de monde : Abu Qatada (qu'Allah l'agrée) raconte comment, lors d'un voyage, le Prophète ﷺ et ses compagnons s'endormirent profondément après une longue marche de nuit et manquèrent la prière du Fajr, qui ne fut accomplie qu'après le lever du soleil. Face à l'inquiétude de certains compagnons, le Prophète ﷺ déclara : « En fait, il n'y a aucune négligence dans le sommeil. La négligence concerne celui qui n'accomplit pas la prière jusqu'à ce que l'heure de la suivante arrive. Quiconque est dans ce cas, qu'il accomplisse la prière dès qu'il s'en rend compte ! » — authentique, rapporté par Al-Bukhari et Muslim. Autrement dit, s'endormir involontairement n'est pas une faute — seul le fait de rester éveillé et de repousser volontairement la prière l'est.
Une preuve historique forte : la bataille du Fossé
L'une des preuves les plus solides de l'obligation de rattraper les prières dans l'ordre vient d'Ibn Mas'ud (qu'Allah l'agrée) : « Les polythéistes ont empêché le Prophète ﷺ d'accomplir quatre prières le jour du Fossé (Khandaq). Il ordonna alors à Bilal d'appeler à la prière, puis il pria le Dhuhr, puis l'Asr, puis le Maghrib, puis l'Isha » — authentique par corroboration, Sahih An-Nasa'i (661), rapporté également par At-Tirmidhi (179), An-Nasa'i (662) et Ahmad (3555).
Pourquoi cet exemple prouve l'obligation de l'ordre, et pas juste sa recommandation
Certains savants (notamment les Shafi'ites) objectent qu'un acte accompli par le Prophète ﷺ, sans parole explicite l'accompagnant, ne prouve pas forcément une obligation stricte — il pourrait s'agir d'une simple préférence.
La majorité des juristes répond en combinant cet acte avec la parole du Prophète ﷺ : « Priez comme vous m'avez vu prier. » Puisque nous l'avons vu rattraper ses prières manquées dans l'ordre chronologique, l'ordre s'inscrit dans l'ordre à suivre par imitation — ce qui élève cette pratique du simple exemple à l'obligation.
Dans un autre épisode distinct, également survenu durant le siège du Fossé, Jabir ibn Abdullah (qu'Allah l'agrée) rapporte : Umar ibn Al-Khattab s'emporta contre les polythéistes de Quraych et dit : « Ô Messager d'Allah, j'ai failli ne pas pouvoir prier l'Asr avant que le soleil ne se couche presque. » Le Prophète ﷺ répondit : « Par Allah, je ne l'ai pas priée non plus. » Ils descendirent alors vers la vallée de Buthan, le Prophète ﷺ fit ses ablutions, ils firent de même, puis il pria l'Asr après le coucher du soleil, avant de prier le Maghrib qui suivit normalement — authentique, rapporté par Al-Bukhari et Muslim. Cet épisode montre qu'une prière rattrapée se fait avec des ablutions renouvelées, puis que la prière suivante s'enchaîne normalement, sans avoir à être répétée.
Ce qu'en disent les quatre écoles
| École | Obligation de rattraper | Immédiateté | Ordre entre les prières manquées |
|---|---|---|---|
| Hanafite | Obligatoire | Immédiat ou différé, au choix | Obligatoire si peu nombreuses |
| Malikite | Obligatoire | Immédiat, obligatoire | Obligatoire si peu nombreuses, s'annule si très nombreuses |
| Shafi'ite | Obligatoire | Recommandé, pas obligatoire | Recommandé, pas obligatoire |
| Hanbalite | Obligatoire, immédiatement | Obligatoire sauf préjudice | Obligatoire, condition de validité de la prière du moment |
Les quatre écoles s'accordent sur le principe même de l'obligation de rattraper ; le désaccord porte sur l'immédiateté et l'ordre, non sur l'obligation elle-même.
Le cas particulier de l'abandon volontaire prolongé
La majorité des juristes des quatre écoles considère que les prières manquées se rattrapent, qu'elles l'aient été avec excuse (sommeil, oubli, maladie) ou sans excuse (négligence délibérée).
Le cheikh Ibn Uthaymin (qu'Allah lui fasse miséricorde) — position partagée par certains savants hanbalites comme Ibn Taymiyyah — estime que celui qui abandonne volontairement la prière, tout en reconnaissant son obligation, ne peut pas la « rattraper » au sens propre ; le rattrapage ne serait pas accepté de sa part, et il doit plutôt multiplier les prières surérogatoires et se repentir sincèrement.
La position la plus prudente : celui qui a négligé la prière par paresse doit se repentir et rattraper progressivement tout ce qu'il a manqué — c'est l'avis de la majorité, et c'est celui qui met la conscience la plus en paix.
Une fois rattrapée, encore faut-il accomplir la prière correctement dans ses gestes et ses paroles — voir : Comment prier en islam : guide complet →
Comment rattraper ses prières étape par étape
Étape 1 : l'intention
Une prière sans intention n'est pas valide. En rattrapant une prière manquée, formulez dans votre cœur l'intention précise : « Je rattrape le Dhuhr obligatoire », par exemple. Il n'est pas nécessaire de le prononcer à voix haute — l'intention se situe dans le cœur. Rappel important : une prière rattrapée nécessite une ablution valide, exactement comme une prière à l'heure — voir le guide complet de l'ablution en islam →
Étape 2 : estimer le nombre de prières manquées
- Si vous connaissez le nombre exact, rattrapez-le précisément.
- Si vous ne le connaissez pas, rattrapez jusqu'à avoir la conviction raisonnable d'avoir acquitté votre dette envers Allah.
- Il est recommandé de noter chaque jour ce que vous avez rattrapé, pour suivre votre progression.
Étape 3 : respecter l'ordre
Entre les prières manquées elles-mêmes : commencez par la plus ancienne. Si vous devez le Fajr, le Dhuhr et l'Asr d'un même jour, commencez par le Fajr, puis le Dhuhr, puis l'Asr — comme le Prophète ﷺ l'a fait pour les quatre prières manquées lors du siège du Fossé.
Entre la prière manquée et celle du moment présent : si le temps de la prière actuelle risque d'expirer pendant que vous rattrapez une prière manquée, priorisez la prière du moment, puis rattrapez ensuite la prière manquée. C'est un point d'accord entre les écoles.
Étape 4 : la pratique quotidienne
Une méthode pratique pour un rattrapage progressif, adaptée à qui a peu de prières manquées ou une motivation limitée, consiste à ajouter une prière manquée après chaque prière du moment. Par exemple :
- Après le Fajr du moment → rattraper un Fajr manqué
- Après le Dhuhr du moment → rattraper un Dhuhr manqué
- Et ainsi de suite pour les autres prières
Si vous souhaitez accélérer le rattrapage, rien n'empêche de rattraper plusieurs prières en une seule séance, à condition que cela ne nuise pas à votre santé ni à vos obligations de vie essentielles.
Étape 5 : la constance jusqu'à l'acquittement complet
Le rattrapage ne se suspend pas et ne se reporte pas indéfiniment. La constance est obligatoire jusqu'à avoir tout accompli.
Chez la majorité des malikites, le rattrapage se fait sans délai, sauf excuse légitime — comme le rapporte le commentaire de Bannani sur le Charh Zarqani, sur le Mukhtasar de Khalil. Ibn Rushd nuance cependant dans Al-Bayan : le moment de la prière oubliée n'est pas aussi strictement délimité que l'horaire normal d'une prière (comme le coucher du soleil pour l'Asr) ; l'ordre de célérité vise surtout à éviter d'être surpris par la mort, ce qui permet un délai raisonnable tant qu'on garde la conviction de pouvoir s'en acquitter.
En pratique : commencez à rattraper dès que vous en avez la capacité — que ce soit juste après le Fajr ou à un autre moment de la journée — sans reporter selon votre humeur alors que vous en avez la possibilité. Reporter ainsi rend la prière valide mais constitue une faute.
Dans quel ordre rattraper ses prières manquées ?
C'est la question la plus recherchée sur ce sujet, et la réponse dépend de deux règles distinctes : l'ordre entre les prières manquées entre elles, et l'ordre entre une prière manquée et la prière actuelle.
Règle 1 : entre les prières manquées elles-mêmes
L'ordre chronologique d'origine doit être respecté : la plus ancienne d'abord. C'est la position des hanafites, des malikites et des hanbalites, fondée sur l'exemple du Prophète ﷺ lors du siège du Fossé (Dhuhr, puis Asr, puis Maghrib, puis Isha, dans cet ordre). Les shafi'ites considèrent cet ordre comme recommandé, non obligatoire : commencer par l'Isha avant le Maghrib resterait valide chez eux, bien que déconseillé.
Règle 2 : entre une prière manquée et la prière actuelle
Si le temps de la prière actuelle risque de s'épuiser complètement pendant que vous vous occupez de rattraper une prière manquée, priorisez la prière actuelle, puis rattrapez ensuite. Si au contraire le temps est large, commencez par la prière manquée par respect de l'ordre chronologique — position des hanafites, malikites et hanbalites.
Cas particulier : vous vous en souvenez en pleine prière derrière un imam
Si vous priez l'Asr derrière l'imam et que vous vous souvenez subitement de ne pas avoir prié le Dhuhr : continuez la prière de l'Asr jusqu'au bout avec l'imam, sans l'interrompre. Une fois celle-ci terminée, priez d'abord le Dhuhr oublié, puis reprenez l'Asr que vous venez d'accomplir avec l'imam (puisqu'elle a eu lieu avant le Dhuhr, qui la précède dans l'ordre). C'est ce qui est rapporté d'Ibn Umar (qu'Allah les agrée, lui et son père), selon la transmission de Nafi', jugée établie par Ibn al-Mundhir dans Al-Awsat (3/119), rapportée par Abd Ar-Razzaq, At-Tahawi et Ad-Daraqutni.
Rattraper des prières de plusieurs jours ou plusieurs années
C'est le cas le plus fréquemment recherché, et il implique un vrai désaccord entre savants contemporains qu'il faut connaître.
D'abord, le repentir — une étape à ne jamais sauter
Avant toute chose, le repentir sincère est obligatoire et indépendant de la question du rattrapage. Ses conditions :
- Le regret sincère de ce qui a été négligé
- L'arrêt immédiat de l'abandon de la prière
- La résolution ferme de ne pas y revenir
Le repentir suffit-il à effacer les prières manquées ?
Attention : ce sont deux situations différentes
Il faut distinguer l'abandon par simple paresse (une faute grave, mais on reste musulman) de l'abandon poussé au point d'être considéré comme une sortie de l'islam selon certains savants — une question théologique distincte. Les avis suivants sur la position du cheikh Ibn Baz concernent spécifiquement le second cas, pas automatiquement toute personne ayant négligé sa prière.
Position du cheikh Ibn Baz sur le cas extrême de l'abandon assimilé à la mécréance : dans une fatwa connue, il a estimé que celui qui abandonne la prière au point d'atteindre ce niveau, le repentir sincère lui suffit sans obligation de rattraper, en s'appuyant sur le fait que le Prophète ﷺ n'a pas demandé à celui qui se convertit après une apostasie de rattraper ce qu'il avait manqué, et sur le verset : « Je suis certes Grand Pardonneur envers quiconque se repent, croit et fait le bien, puis se maintient dans la bonne direction » [Sourate Ta-Ha : 82].
Position de la majorité (hanafites, malikites, shafi'ites et majorité des hanbalites) dans le cas de la simple paresse : celui qui a négligé la prière tout en reconnaissant son obligation doit se repentir et rattraper progressivement tout ce qu'il a manqué. Le repentir seul n'efface pas la dette de prière dans ce cas.
Le plan pratique pour des années de prières manquées
Si vous suivez l'avis de la majorité — le plus prudent pour la tranquillité de conscience — voici le plan :
- Estimez le nombre d'années pendant lesquelles vous avez délaissé la prière, totalement ou partiellement
- Calculez approximativement le nombre de prières manquées (une année = 365 jours × 5 prières = 1 825 prières)
- Établissez un programme quotidien : par exemple 5 prières de rattrapage par jour en plus des prières du moment = une année complète rattrapée en un an
- Ne vous interrompez pas : la constance est déterminante, même si le rythme est lent
- Multipliez les prières surérogatoires en parallèle : elles compensent les imperfections des prières obligatoires
Une méthode concrète : une heure avant le Fajr
Le prédicateur Omar Abdul Kafi propose une méthode simple : réveillez-vous environ une heure avant l'appel du Fajr, et consacrez une demi-heure de ce temps à rattraper ce qui vous est possible — l'équivalent d'une, deux, trois ou quatre journées complètes de prières (cinq prières par journée : Fajr, Dhuhr, Asr, Maghrib, Isha).
À ce rythme (environ 4 jours rattrapés quotidiennement), vous terminez l'année en ayant rattrapé l'équivalent d'environ 4 années de prières manquées. Quelques années à ce rythme permettent d'acquitter une décennie entière de négligence sans ressentir de charge soudaine.
Note : celui qui forme sincèrement l'intention de rattraper tout ce qu'il doit selon cette méthode, puis est surpris par la mort avant d'avoir terminé, verra ses actes jugés selon ses intentions — la miséricorde d'Allah est vaste. Les prières surérogatoires, elles, ne remplacent jamais une obligation manquée, quel qu'en soit le nombre — elles compensent les imperfections, elles ne s'y substituent pas.
Ibn Al-Arabi al-Maliki (rapporté par Mayyara dans Al-Mawrid al-Mu'in) disait : « Le repentir de celui qui a négligé sa prière consiste à la rattraper, sans coupler une prière manquée à chaque prière du moment, sans interrompre ses prières surérogatoires pour cela, mais en s'y consacrant nuit et jour, en la faisant passer avant le superflu de son gagne-pain et les affaires de ce bas monde, sans rien lui faire passer avant, sauf nécessité de subsistance. »
Remarque importante : Ibn al-Arabi préconise de consacrer de véritables plages horaires continues au rattrapage (nuit et jour), plutôt que de se limiter à coupler une prière manquée avec chaque prière du moment — car cette dernière méthode peut être bien trop lente pour qui a des années de retard. La méthode de l'étape 4 (une manquée par prière du moment) convient à qui a peu de prières manquées ou une motivation limitée ; qui en est capable devrait privilégier des plages horaires dédiées, comme la méthode d'Omar Abdul Kafi décrite ci-dessus.
Le meilleur moyen d'éviter d'accumuler des prières manquées reste de veiller à les accomplir dès leur heure — pour comprendre pourquoi c'est si important : L'importance de la prière à l'heure, à la lumière des hadiths →
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Cas particuliers : travail, maladie, voyage
Rattraper une prière manquée à cause du travail
Si une contrainte professionnelle vous a fait manquer une prière (réunion imprévue, déplacement, horaires imposés), la règle générale s'applique : rattrapez-la dès que possible, dans l'ordre chronologique par rapport aux autres prières manquées, et avant ou après la prière du moment selon que son horaire risque ou non d'expirer. Aucune règle spécifique ne s'applique différemment pour une excuse professionnelle par rapport à un oubli ordinaire — la seule différence pratique est d'organiser à l'avance, quand c'est possible, un moment de la journée pour prier discrètement si le lieu de travail le permet.
Rattraper ses prières en voyage
Le voyageur qui a manqué des prières durant son déplacement les rattrape en version raccourcie (deux unités au lieu de quatre) s'il était en voyage au moment où elles ont été manquées, selon la majorité des savants. S'il est revenu chez lui entretemps, il les rattrape en version complète chez les hanafites et les shafi'ites, et en version raccourcie chez les malikites et les hanbalites.
Rattraper ses prières quand on est malade
Celui qui a manqué des prières à cause d'un évanouissement ou d'une perte de conscience :
- La majorité : il rattrape ce qu'il a manqué à son réveil, si l'évanouissement n'a pas dépassé un jour et une nuit.
- Les hanafites : pas de rattrapage si l'évanouissement a dépassé cinq prières.
- Les malikites, shafi'ites et hanbalites : il rattrape quelle que soit la durée de l'évanouissement.
Le principe qui fonde le désaccord — la levée de l'obligation pendant la perte de conscience elle-même — fait l'unanimité, d'après Ali ibn Abi Talib (qu'Allah l'agrée) : « La plume est levée pour trois personnes : l'enfant jusqu'à la puberté, le dormeur jusqu'au réveil, et le fou jusqu'au recouvrement de sa raison » — chaîne authentique, rapporté par Abu Dawud et At-Tirmidhi. Un précédent concret vient appuyer la position n'imposant pas le rattrapage en cas de perte de conscience prolongée : selon Nafi', « Ibn Umar fut malade plusieurs jours au point de ne plus avoir conscience de la prière ; une fois guéri et revenu à lui, il ne rattrapa pas ce qu'il avait manqué » — établi, rapporté par Abd Ar-Razzaq et Ad-Daraqutni.
Rattraper la prière en congrégation manquée
Celui qui a manqué la prière en congrégation à la mosquée doit prier seul à son horaire — il n'a pas à « rattraper la congrégation » elle-même, celle-ci étant une condition de perfection et non de validité selon la majorité. En revanche, celui qui a manqué la prière tout court doit la rattraper, et il est recommandé de le faire en groupe si possible. Pour en savoir plus sur le mérite et les règles de la prière en groupe : Salat Jama3a : la prière en groupe en islam →
Exemple concret : j'ai manqué l'Asr, le Maghrib et l'Isha le même jour, comment les rattraper ?
Ce scénario est très courant : une journée entière ou une partie de celle-ci passe sans que vous n'ayez prié l'Asr, le Maghrib et l'Isha, à cause d'un sommeil profond, d'un imprévu ou d'un oubli. Voici la réponse détaillée étape par étape.
1. L'ordre du rattrapage
Le principe est de rattraper les prières manquées selon leur ordre chronologique d'origine : l'Asr d'abord, puis le Maghrib, puis l'Isha. C'est la position de la majorité (hanafites, malikites, hanbalites), fondée sur l'exemple du Prophète ﷺ qui a rattrapé dans l'ordre les quatre prières manquées lors du siège du Fossé. Les shafi'ites considèrent cet ordre comme recommandé et non obligatoire : commencer par l'Isha avant le Maghrib resterait valide chez eux, bien que déconseillé.
En résumé pratique : commencez par l'Asr (4 unités), puis le Maghrib (3 unités), puis l'Isha (4 unités). Ne changez pas cet ordre sans nécessité.
2. L'intention pour chaque prière
Chacune des trois prières a sa propre intention, formulée dans le cœur :
- Pour rattraper l'Asr : « Je rattrape l'Asr obligatoire. »
- Pour rattraper le Maghrib : « Je rattrape le Maghrib obligatoire. »
- Pour rattraper l'Isha : « Je rattrape l'Isha obligatoire. »
Il n'est pas nécessaire de le prononcer à voix haute. Il suffit d'avoir à l'esprit le nom de la prière et le fait qu'il s'agit d'un rattrapage et non d'une prière à l'heure.
3. Peut-on regrouper ces trois prières ?
Le regroupement légal (jam') est en principe conditionné par une excuse de voyage, de pluie ou de maladie. Or rattraper des prières manquées ne s'appelle pas « regrouper » au sens fiqh du terme — c'est l'accomplissement successif de prières indépendantes. Ainsi :
- Il est permis de rattraper l'Asr, le Maghrib et l'Isha en une seule séance continue, sans interruption — cela ne s'appelle pas un regroupement, mais un rattrapage successif.
- Il n'est pas permis de fusionner deux intentions en une seule série d'unités de prière ; chaque prière s'accomplit intégralement avec son nombre d'unités propre et son intention indépendante.
- Si vous étiez en voyage au moment où ces prières ont été manquées, vous rattrapez les prières de quatre unités (Asr et Isha) en version raccourcie de deux unités, selon la majorité.
4. Et si je m'en souviens le lendemain ?
Se souvenir le lendemain ne change rien aux règles : le rattrapage est obligatoire dès qu'on s'en souvient, que ce soit après une heure, un jour ou une semaine. Un détail important s'ajoute cependant :
- Si vous vous en souvenez avant le Fajr : rattrapez l'Asr, le Maghrib et l'Isha dans l'ordre d'abord, puis priez le Fajr du moment à son heure.
- Si vous vous en souvenez après le lever du jour et que son horaire est proche d'expirer : priorisez le Fajr du moment pour ne pas le manquer, puis rattrapez les trois prières après, dans l'ordre.
- Si vous vous en souvenez à l'heure du Dhuhr ou après : priez d'abord l'obligation du moment à son heure, puis rattrapez ensuite les trois prières manquées. Il n'y a pas de mal à retarder le rattrapage pour accomplir d'abord la prière du moment.
Règle générale à retenir
La prière du moment dont l'horaire risque d'expirer passe avant la prière manquée. Si le temps est large, commencez par la prière manquée, par respect de l'ordre chronologique obligatoire chez les hanafites, malikites et hanbalites.
Questions fréquentes
J'ai manqué l'Asr, le Maghrib et l'Isha le même jour, comment les rattraper ?
Rattrapez-les dans l'ordre : l'Asr d'abord (4 unités), puis le Maghrib (3 unités), puis l'Isha (4 unités). Chaque prière a sa propre intention dans le cœur. Vous pouvez les rattraper en une seule séance continue sans que cela soit considéré comme un regroupement interdit. Si vous vous en souvenez le lendemain et qu'une prière du moment risque d'être manquée, priorisez-la, puis rattrapez les trois prières dans l'ordre ensuite.
Je me souviens que je n'ai pas prié le Dhuhr alors que je priais l'Asr derrière l'imam — que faire ?
Continuez la prière de l'Asr avec l'imam jusqu'au bout — ne l'interrompez pas. Une fois terminée, priez d'abord le Dhuhr oublié, puis reprenez l'Asr que vous venez de prier avec l'imam (car elle a eu lieu avant le Dhuhr, qui la précède dans l'ordre). C'est ce que rapporte un récit établi d'Ibn Umar sur cette question précise.
Peut-on rattraper une prière manquée le lendemain à la même heure ?
Non, c'est un avis très faible et incorrect. La prière manquée se rattrape dès qu'on s'en souvient ou qu'on se réveille, que son horaire habituel soit passé ou non — il n'est pas permis d'attendre le lendemain pour la rattraper avec la prière équivalente du jour suivant. La preuve est explicite : « Celui qui s'endort et manque une prière, ou l'oublie, qu'il la prie dès qu'il s'en souvient. »
Rattraper une prière après une prière suivante annule-t-il les bonnes actions de la journée ?
Non, les bonnes actions du jour restent inscrites, indépendamment de la raison ayant causé le retard (oubli, prière refaite après une ablution invalide, négligence ou sommeil). L'important est que la prière elle-même soit valide ; si le retard résulte d'une négligence, la personne doit se repentir et prendre la résolution de ne pas répéter cela.
Peut-on rattraper une prière manquée pendant les horaires déconseillés ?
Oui, il est permis de rattraper une prière manquée pendant les horaires où les prières surérogatoires sont déconseillées (après le Fajr et après l'Asr), selon la majorité des juristes, car cette restriction concerne les prières surérogatoires et non les obligations. Le Prophète ﷺ a lui-même rattrapé la sunna du Dhuhr après l'Asr, et a dit : « Celui qui s'endort et manque une prière ou l'oublie, qu'il la prie dès qu'il s'en souvient » — le souvenir peut parfaitement survenir pendant un horaire déconseillé.
Faut-il rattraper les sunnas manquées ?
Non, ce n'est pas obligatoire, mais c'est recommandé. Le Prophète ﷺ a rattrapé la sunna du Dhuhr après l'Asr un jour où il en avait été empêché. Concernant le Witr, Abu Sa'id Al-Khudri (qu'Allah l'agrée) rapporte que le Messager d'Allah ﷺ a dit : « S'il arrive à quelqu'un de manquer la prière du Witr à cause d'un sommeil ou d'un oubli, qu'il l'accomplisse alors quand il s'en souviendra » — authentique, rapporté par Ibn Majah, At-Tirmidhi, Abu Dawud et Ahmad, également rapporté par Abu Dawud dans ses Sunan (n°1431), authentifié par Cheikh Al-Albani dans Sahih Abi Dawud. Cette recommandation est donc, pour le Witr, explicitement établie par un hadith, contrairement à une simple déduction par analogie. Point important : le Witr se prie normalement en nombre impair de rak'ahs, mais lorsqu'il est rattrapé en journée, il se prie en nombre pair plutôt qu'impair.
Que faire si je ne connais pas le nombre exact de prières manquées ?
Rattrapez jusqu'à avoir la conviction raisonnable d'avoir acquitté votre dette. La certitude absolue du nombre n'est pas exigée — une conviction raisonnable suffit. Il est conseillé de rattraper un peu plus par précaution, et de multiplier les prières surérogatoires.
Peut-on rattraper le Fajr après le lever du soleil ?
Oui, il doit être rattrapé dès le réveil ou le souvenir, même après le lever du soleil. La preuve explicite est le hadith : « Celui qui s'endort et manque une prière ou l'oublie, qu'il la prie dès qu'il s'en souvient. » Il est recommandé d'attendre que le soleil se soit un peu levé (environ un quart d'heure après le lever) pour éviter l'horaire déconseillé selon ceux qui le considèrent ainsi. Pour plus de détails sur les limites horaires du Fajr : Jusqu'à quelle heure peut-on prier le Fajr ? →
Peut-on rattraper une prière en priant en congrégation ?
Oui, si vous assistez à une prière en congrégation alors que vous devez des prières manquées, vous pouvez avoir l'intention de rattraper une prière manquée en priant avec l'imam, de même nature ou non, à condition que la prière du moment ne soit pas elle-même une obligation qui vous incombe à cet instant. C'est la position de la majorité des savants.
Les prières manquées sont-elles annulées après la mort ?
Elles sont levées à la mort de la personne, et personne ne peut prier à sa place après son décès, selon la majorité des juristes, la prière étant un acte d'adoration physique qui n'admet pas de représentation. Les proches peuvent invoquer et demander pardon pour le défunt, et ses bonnes actions ainsi qu'un repentir sincère peuvent effacer ses fautes.
Sources utiles
- Ad-Durar As-Saniyyah — commentaire du hadith « celui qui oublie une prière ou s'endort... »
- Ad-Durar As-Saniyyah — commentaire du hadith des quatre prières rattrapées le jour du Fossé
- sunnah.com — épisode d'Umar et de l'Asr priée après le coucher du soleil (Sahih Muslim 631)
- Ad-Durar As-Saniyyah — commentaire du hadith « la plume est levée pour trois personnes »
- Rapport établi d'Ibn Umar (transmission de Nafi') sur le rattrapage d'une prière oubliée pendant qu'on prie derrière un imam — Al-Awsat d'Ibn al-Mundhir (3/119), rapporté par Abd Ar-Razzaq, At-Tahawi et Ad-Daraqutni
- hadeethenc.com — récit complet d'Abu Qatada sur le Fajr manqué en voyage (authentique, Al-Bukhari et Muslim)
- Rapport établi d'Ibn Umar sur l'absence de rattrapage après une perte de conscience prolongée due à la maladie — Al-Awsat d'Ibn al-Mundhir (4/453), rapporté par Abd Ar-Razzaq et Ad-Daraqutni
- Hadith « il n'y a pas de négligence dans le sommeil », d'Abu Qatada — authentique, rapporté par Muslim (681) de façon plus détaillée
- Fatwa du cheikh Ibn Baz sur le rattrapage des prières délaissées après repentir
- hadeethenc.com — hadith sur le rattrapage du Witr manqué (Ibn Majah, At-Tirmidhi, Abu Dawud, Ahmad)